Edito

2019 : Pessimisme, Optimisme …

Les manifestations des gilets jaunes nous interpellent tous. Certains justifient les débordements violents en affirmant que c’est la seule façon de se faire entendre.  D’autres dénoncent le fait de s’en prendre à des commerces ou à des voitures dont les propriétaires sont les victimes innocentes d’une violence aveugle.  Dans un cas comme dans l’autre, cela n’incite pas à l’optimisme.

La morosité ambiante alimente un malaise diffus.  Celui-ci peut être renforcé  par des épreuves personnelles : l’échec douloureux d’un mariage, une déception professionnelle ou la perte d’un être cher.  Mais il y a aussi un malaise général, une spirale négative dans laquelle on peut se sentir aspiré.  Parfois, quand j’entends les conversations autour de moi, je me dis que c’est la société tout entière qui fait son burn-out…

 

               … ou  Espérance  ?

Alors quoi ?  L’espérance ? Ce mot désuet aux odeurs de sacristie ? On nous a raconté assez d’histoires. Soyons sérieux.  Pour certains, espérer c’est regarder le ciel et … oublier la terre. C’est l’optimisme béat de ceux qui veulent tellement croire que tout va bien qu’ils refusent de regarder les difficultés en face pour se réfugier dans la promesse d’un au-delà radieux.

Tout ira mieux demain ? Mais nous n’en savons rien.  Pour éviter de cruelles déceptions, mieux vaut être pessimiste.  On n’est jamais déçu par le pessimisme  … puisqu’on ne peut avoir que de bonnes surprises !

Et donc l’espérance ne serait qu’un placebo ou une supercherie ?  Je crois plutôt que l’espérance est le contraire de l’optimisme.  Pour moi, avoir la foi, ce n’est pas vivre dans un monde enchanté ou Dieu réglerait tous nos problèmes.  C’est regarder le monde et le mal en face.  La foi ne pousse pas à l’optimisme mais au réalisme.  Avant de parler de l’espérance, il faut regarder le désespoir en face. Le premier devoir d’un veilleur c’est de voir la nuit comme elle est.  L’espérance ne réclame pas de l’optimisme … mais du courage !  Pour espérer vraiment,  il faut renoncer aux faux espoirs et aux illusions. Ne pas se voiler la face mais croire que l’amour est plus fort que tout le reste.

L’espérance ne nous dit pas de pleurnicher parce que tout va mal ou de sourire parce que tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes.   Il ne s’agit pas non plus d’attendre que Dieu détruise ce monde pour en construire un meilleur.  L’espérance nous pose une question toute simple : comment faire de tout cela une occasion d’aimer davantage ? Etre croyant, s’unir à Dieu, c’est faire comme lui : se donner. Se donner, ce n’est pas se perdre. Ce n’est pas gâcher quelque chose ou le détruire. C’est lui donner son sens, sa juste place dans l’éternité. Ce qui est donné reste vivant pour toujours.

Espérer, c’est vivre pour ce qui compte vraiment et qui ne passera jamais. Que cette année 2019 soit irriguée et vivifiée par une espérance qui soit à l’opposé de l’optimisme. C’est mon souhait et ma prière pour chacun de vous.

Père Pierre Vandormael

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